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Repenser les Stratégies de Reboiser nos Terroirs : ce que propose APAF

Proposition relative au programme de reboisement Sénégalais 2015

Accueil > Actualités > Repenser les Stratégies de Reboiser nos Terroirs : ce que propose (...) Le mardi 24 février 2015, par Mansour Ndiaye

Le ministre Sénégalais en charge de l’environnement vient d’annoncer un ambitieux programme de plantation de 13 millions d’arbres au titre de la campagne de reboisement 2015. Je vous livre ici ma réflexion (celle de APAF-Sénégal) par rapport a cet objectif.

Tant que les paysans Sénégalais ne s’approprieront pas les activités de reboisement de nos terroirs sévèrement dégradés, il sera toujours difficile de restaurer ces boisements naturels et parlant : de refertiliser les 63% de nos terres arables dégradées et les 20 0000 ha de nos forêts perdus chaque année du fait d’une accumulation de mauvaises pratiques anthropiques vielles de plusieurs décennies (sur exploitation des forets, cultures sur brulis, utilisation d’engrais et pesticides de synthèse, réduction de la durée des jachères, surpâturage, etc..).
Répétons-le, la restauration des boisements naturels ne se fera jamais sans la participation effective des populations rurales vivant aux abords de ces boisements. Ces populations seront obligées, qu’on le veuille ou pas d’utiliser les boisements naturels pour couvrir leurs besoins essentiels en bois domestiques ou compenser leurs manques à gagner économiques consécutives à l’érosion continue de leurs revenus agricoles. Ce faisant, elles empêchent la ressource de se régénérer naturellement.
Pourtant, il est bien possible de réduire voire éliminer toute pression anthropique sur la ressource. Comment ? En proposant aux populations locales composées essentiellement d’agriculteurs, la plantation d’arbres fertilitaires dans leurs propres parcelles de culture agricoles (agroforesterie).
L’intérêt de la complantation de ces ligneux fertilitaires dans les parcelles agroforestières est multiple pour l’agriculteur et la communauté : elle permet simultanément :

  • de restaurer durablement la fertilité des terres dégradées, ceci sans engrais chimique ni compost (fertilisation symbiotique),
  • d’autoproduire du bois domestique,
  • d’autoproduire du fourrage,
  • de constituer un puits de carbone,
  • de soulager les boisements naturels,
  • de développer d’autres activités génératrices de revenus comme : l’apiculture, la culture de plantes médicinales, la floriculture, la maraichage etc…

Il serait absurde de croire que les reboisements réalisés dans les espaces publics vont être entretenus et conservés par les populations locales. Même s’il est bien possible de planter des millions d’arbres par an dans le domaine public, par contre la grosse difficulté que l’on ne pourra jamais résoudre, sera d’assurer leurs entretiens (mise en défens, irrigation). Sinon comment expliquer que depuis l’indépendance du pays, que l’administration forestière organise à coup de milliards des campagnes annuelles de reboisement et que l’on voit encore 20 000 ha de forêts partir en fumée chaque année ?
Il est temps que l’on change de fusil d’épaule en transférant les activités de reboisement dans les parcelles agricoles cultivées par les paysans. En se servant des ligneux fertilitaires, on trouverait meilleur prétexte pour attirer l’intérêt de nos exploitations familiales confrontées plus que jamais aujourd’hui à une baisse de plus en plus prononcée de la fertilité de leurs terres.

Par Mansour Ndiaye : APAF-Sénégal

Publié le mardi 24 février 2015 par :

  • Mansour Ndiaye

    Mansour Ndiaye, initiateur de l’agroforesterie au Sénégal, a impulsé la création d’APAF Sénégal en 2012 avec l’appui des paysannes et paysans qui veulent (...)