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Analyse du rapport de l’IAASTD

Evaluation Internationale des Sciences et Technologies Agricoles au service du Développement

Accueil > Des solutions existent > Analyse du rapport de l’IAASTD Le lundi 1er décembre 2014, par Florian

Analyse du rapport de l’IAASTD réalisé par le ministère Français de l’agriculture et de la pêche. Ce dernier ayant également participé à la conception de ce rapport.
L’IAASTD, initié et animé par la Banque mondiale et plusieurs agences des Nations unies, entre 2005 et 2008, visait à évaluer de manière prospective la contribution de la recherche agronomique et des technologies agricoles aux objectifs du Millénaire pour le développement.

Thèmes :OGM

Il a impliqué 57 gouvernements ainsi que de nombreux acteurs du développement, des représentants des secteurs agricole et agroalimentaire, du monde académique et de la société civile. Originale dans sa conduite, cette réflexion multidisciplinaire entérine un changement de paradigme important, objet d’un large consensus entre experts : l’agriculture est multifonctionnelle, multifactorielle, elle nécessite des approches tenant compte des contextes spécifiques dans lesquels elle se pratique, associant l’ensemble des acteurs de la chaîne et prenant en considération les savoirs locaux. Ce nouveau paradigme, qui signe l’affaiblissement des solutions universelles et réductrices, propose des options diversifiées pour l’action. Au-delà de la somme de connaissances accumulées et de ses limites, l’IAASTD constitue un point d’étape qui doit maintenant être approprié par les acteurs.

Extraits de l’analyse du rapport :

« Tout en reconnaissant le rôle des sciences et des technologies dans l’augmentation substantielle de la production agricole au cours des 5 dernières décennies (« révolution verte »), le rapport souligne que les progrès en matière de productivité, d’une part, n’ont pas bénéficié également à l’ensemble des régions et des agriculteurs du monde et, d’autre part, se sont souvent accompagnés de conséquences négatives sur l’environnement, contribuant à la dégradation des sols, à la pollution de l’eau, de l’air, et à la réduction de la biodiversité. Cette évaluation du passé est prolongée par des considérations sur les tendances à venir : urbanisation, migrations croissantes, mondialisation, changement climatique, essor démographique, modification des habitudes alimentaires, dégradation de l’environnement, augmentation des inégalités, biocarburants, etc. La poursuite de l’intensification, telle que pratiquée actuellement par la « révolution verte », est donc jugée « inadaptée pour l’avenir ». »

« Il faut aussi adopter une approche globale tenant compte des rapports qu’entretient l’agriculture avec les questions de la pauvreté, de la faim, de la santé humaine, de la gestion des ressources naturelles et de l’environnement : la production ne peut être regardée isolément du reste. De même, les différents types de connaissances doivent être intégrés, en particulier les savoirs locaux et traditionnels, dans le processus d’innovation scientifique et technologique. Selon cette conception interactive des processus d’apprentissage, l’homme est à remettre au cœur du mouvement d’innovation qui ne peut être conçu hors des contextes sociaux et institutionnels environnants. »

Des controverses fortes

« La synthèse de l’IAASTD sur les bio¬technologies, et plus particulièrement sur les OGM, dénote une grande prudence et recommande une évaluation rigoureuse de leurs impacts, afin de garantir une expertise et une capacité des communautés locales de les utiliser à bon escient. L’IAASTD propose de mettre l’accent sur les projets de sélection participative et sur l’agroécologie. Cette approche a été rejetée par les gouvernements américain, canadien, australien et les semenciers internationaux (Monsanto et Syngenta) qui jugeaient que dans l’évaluation trop de place était donnée aux risques et aux précautions par rapport aux bénéfices attendus. Les États-Unis et la Chine ont ainsi émis formellement des réserves sur cette partie.
Si personne ne conteste le rôle des marchés dans la réalisation des objectifs de développement, deux visions s’affrontent à propos du commerce, toutes deux étayées par des références académiques : l’une en faveur d’une économie mondiale totalement dérégulée ; l’autre qui considère que les marchés ne peuvent à eux seuls garantir la durabilité de certains biens publics tels que la sécurité alimentaire, les ressources naturelles ou la protection de l’environnement. Le rapport met tout d’abord l’accent sur les impacts en termes de répartition du commerce de produits agricoles, le plus souvent en défaveur des petits producteurs. La libéralisation peut avoir des effets négatifs sur l’agriculture, avec des conséquences sur la pauvreté, la sécurité alimentaire et l’environnement si « les institutions et les infrastructures de base ne sont pas en place ». L’Australie, les États-Unis et le Canada ont, lors de la Conférence de Johannesburg, réservé leur jugement sur ce point, préoccupés par le fait que ces rapports de l’IAASTD puissent hypothéquer l’accord final du cycle de Doha à l’OMC. »

« Par exemple, les rapports montrent que l’innovation ne pourra plus se focaliser uniquement sur l’augmentation de la production. Elle devra aussi prendre en compte d’autres facteurs : la réduction de la pauvreté, la durabilité environnementale, la promotion de régimes alimentaires diversifiés, etc. L’IAASTD promeut le développement de systèmes agroécologiques assurant la durabilité environnementale tout en accroissant la productivité, dans le droit fil de la « révolution doublement verte » de Michel Griffon .
Le renforcement des objectifs d’équité sociale des politiques apparaît également fondamental : ceci passera notamment par l’amélioration de l’accès des agriculteurs et des populations rurales à l’éducation, par un meilleur accès des agriculteurs aux moyens de production, ces derniers définis au sens large et incluant la terre et l’eau. Cette équité passera par une reconnaissance de la place des femmes dans l’agriculture, insuffisamment prise en compte dans les recherches et les processus d’innovation. »

« Dans tous les cas, l’ampleur de la crise actuelle incite à réviser les pensées uniques et les solutions universelles, pour ouvrir des brèches dans le discours dominant et mieux prendre en compte des conceptions alternatives dans les négociations internationales : souveraineté alimentaire, multifonctionnalité de l’agriculture, nouveaux outils de régulation des marchés, dépassement du seul paradigme du libre échange. En contribuant à mettre à nu les contradictions des discours sur le développement, souvent caricaturaux et n’admettant ni le doute ni la complexité, l’IAASTD signe le retour d’un nouvel état d’esprit, particulièrement salvateur dans un contexte d’incertitudes et de ruptures qui appelle à des politiques publiques plus systémiques. »

Ci dessous le rapport de l’IAASTD :

_analyse_6_iaastd.pdf (PDF - 249.9 ko)

Publié le lundi 1er décembre 2014 par :

  • Florian

    Animateur/Promoteur des programmes de développement Tinga-neere Association Ingalañ