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Les OGM : fausse solution, vraie catastrophe

Coton, maïs ou sorgho OGM, la société civile aux aguets

Accueil > Face à l’urgence > Les OGM : fausse solution, vraie catastrophe Le mardi 2 juin 2015, par Florian, Hervé Le Gal

Comme si quelque chose était à cacher, les premiers essais de coton OGM ont démarré discrètement au Burkina Faso, en 2001, en violation de la convention sur la diversité biologique de 1992 et le protocole de Carthagène sur la biosécurité de 2000. Monsanto et les firmes de biotechnologies utilisent depuis ce pays comme un cheval de Troie pour essaimer les OGM en Afrique de l’Ouest.

Thèmes :OGM, Souveraineté Alimentaire

Une entrée des OGM par le Coton Bt

Les OGM ont été introduits officiellement au Burkina Faso en 2003, précisément dans les exploitations agricoles de Farakoba (Bobo-Dioulasso) et Kouaré (Fada N’Gourma).

Les premières distributions importantes de semences de coton OGM, dit coton Bt, ont eu lieu en 2008. Bt, les initiales de Bacillus Thuringiensis, la bactérie dont le gène insecticide a été intégré au génome du coton, rendant la plante elle-même insecticide pour ceux qui se risqueraient à la consommer. Problème, les insectes auxiliaires, utiles aux cultures, pâtissent également de la culture de coton Bt, se nourrissant des ravageurs du coton, eux-mêmes intoxiqués. Pire, au Burkina Faso, le coton est aussi très utilisé dans l’alimentation humaine via ses graines qui sont consommées brutes ou dont on extrait une huile alimentaire.

En 2008 donc, 8500 hectares sont alors ensemencés de cette « merveille » de biotechnologie. Grâce à la complicité de l’ancien gouvernement de Blaise Compaoré et une implication directe du quasi unique syndicat cotonnier UNPCB, ainsi que des sociétés privées comme la française Géocoton (ex-Dagris), 70 % du coton Burkinabè était OGM en 2012.

Capsule de coton

Une "solution" coûteuse et contre productive...

En net recul, les estimations sont plutôt autour de 50 % des surfaces pour cette année. Et pour cause, l’augmentation importante du coût de la semence (27 000 FCFA/hectare en coton Bt contre environ 1000 FCFA/hectare en conventionnel), n’est pas accompagnée de l’augmentation de 30% des rendements promise par les sociétés cotonnières et l’UNPCB. De plus, le coton BT, produisant moins de graines que la variété conventionnelle, est également pratiquement deux fois moins lourd pour le même rendement en fibre. Ainsi, les paysans, rémunérés au poids de leur récolte, sont largement perdants. Avec le coton GM, c’est aussi la qualité de la fibre, plus courte, qui a baissé, déclassant le coton burkinabè et diminuant de fait les revenus des producteurs. En somme, cultiver du coton Bt revient donc à l’achat de semences plus chères, sans augmentation proportionnelle des rendements et avec une moins bonne valorisation à la vente.

... aux dangers avérés

Face au mécontentement des producteurs, la firme annonce une amélioration à venir de son coton GM grâce à l’introduction salvatrice d’une résistance à son herbicide total (c’est-à-dire non sélectif de ce qu’il détruit), le Roundup. Coup double pour le coton qui serait dés lors à la fois résistant aux insectes et au Roundup. Joli cocktail. Seul bémol, le glyphosate, agent actif de ce même Roundup, vient d’être classé cancérogène probable par le Centre International de Recherche pour le Cancer(CIRC ou IARC en anglais), une agence internationale créée en 1965 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) des Nations unies.

Mise à part cette classification, nombreuses sont les résistances relevées des plantes adventices, ou « mauvaises herbes », aux herbicides, rendant de fait leur utilisation inopportune. Outre une résistance développée naturellement par les plantes adventices soit par une adaptation de leur génome au fil des générations (résistance de cible) ou par le développement d’enzymes détruisant les molécules de l’herbicide (résistance par détoxication), l’utilisation d’OGM fait courir le risque d’une transmission de la résistance à l’herbicide (ou de la toxicité pour les insectes, ou de toute autre transgénèse) aux plantes voisines de la même famille via la simple pollinisation, contaminant ainsi les plantes alentours. Une abeille ayant un rayon d’action d’environ 3 km, on voit mal comment un éventuel coton biologique pourrait se préserver d’une contamination d’un coton Bt voisin.

Des preuves supplémentaires que les pratiques de l’agriculture intensive chimique allant contre la nature plutôt qu’avec sont limitées et ne peuvent constituer des solutions d’avenir durable, contrairement aux pratiques de l’agriculture biologique ou de l’agroécologie largement plébiscitées (voir sur ce sujet le rapport d’Olivier De Schutter préconisant l’agroécologie, l’article de l’agronome Jacques Caplat " La bio peut-elle vraiment nourrir le monde ? ", ou encore la réponse de Marc Dufumier à ce propos).

Au-delà de la contamination, le producteur de coton biologique victime de la dispersion d’OGM dans l’environnement s’expose malgré lui à une accusation de reproduction illégale de la part de la firme ! Les semences OGM étant brevetées, une reproduction de ces dernières (même malencontreuse, du fait du vent de la pollinisation...) sans en avoir fait l’acquisition peut entraîner des procédures judiciaires. Et la firme ne s’en prive pas, elle a ainsi pu remporter autour de 70 procès aux Etats-Unis, récoltant au passage plus de 20 millions de $...

Coton BT au Burkina Faso : la parole aux paysans from Dena

Documentaire de 12 minutes qui décrypte la stratégie de contamination par le coton BT au Burkina avec pour objectif sous-tendu la disparition de l’agriculture paysanne pour un accaparement des terres. Il pose également la question de l’introduction d’OGM dans les cultures vivrières comme le niébé et le sorgho.
Réalisé par Anne Berson de BEDE bede-asso.org

Le maïs transgénique, mise en culture imminente au Burkina Faso

Dans les projets de Monsanto, le coton Bt n’est qu’une étape dans une stratégie d’invasion OGM en Afrique. Début 2015, la firme annonçait l’entrée proche du maïs OGM au Burkina Faso, l’une des plantes génétiquement modifiées les plus cultivée au monde avec le soja et le coton. Le niébé, l’oignon, la patate douce ainsi que le sorgho sont également dans le collimateur des maîtres mondiaux de la biotechnologie dont l’objectif est bel et bien le contrôle de l’alimentation mondiale.

Prochain objectif : main basse sur le sorgho

Plant de sorgho

Le sorgho est l’aliment de base pour 300 millions de personnes en Afrique de l’Ouest. Nourrissant les populations de cette partie du globe depuis des millénaires, cette céréale est annoncée au début du 21ème siècle comme source de carence. Mais, parole de toubab, la science occidentale va arranger cela. En juillet 2005, des chercheurs lancent un projet nommé Sorgho Biofortifié en Afrique ou ABS. L’argument fallacieux des OGM pourfendeurs de la faim dans le monde est de nouveau mis en avant, ici à grand soutient de la Fondation Bill et Melinda Gates directement et fortement impliquée dans ce projet. Notons que cette puissante Fondation bienfaitrice, dédiée officiellement à des projets philanthropiques, a fait l’acquisition en 2011 de 500 000 actions Monsanto, pour plus de 23 millions de dollars.

Un sorgho GM breveté serait une grave menace pour l’Afrique de l’Ouest et sa souveraineté alimentaire déjà fortement mise à mal par le déversement des surplus agricoles européens.

Face à l’agrochimie, la résistance de la société civile

Si une partie de la société civile burkinabè comme le Syndicat national des travailleurs de l’agro-pastoral (Syntap ) résiste à ce danger, leurs moyens sont plus que limités face à la puissance de Monsanto et la Fondation Bill et Melinda Gates. La marche mondiale contre Monsanto et pour la souveraineté alimentaire du 23 mai 2015, portée à Ouagadougou par le Collectif Citoyen pour l’agroécologie, a pu faire entendre haut et fort l’opposition de la société civile aux OGM, portant cette question dans le débat public burkinabè et sur la scène internationale.

Marche contre Monsanto et pour la souveraineté alimentaire - Ouagadougou

Les luttes contre les OGM, ici comme là-bas, sont liées et indissociables. Mais les possibilités de résistance ne sont pas les mêmes selon le pays où la lutte se situe. C’est pourquoi soutenir et aider la société civile burkinabè à résister aux projets de Monsanto et de la Fondation Gates s’inscrit dans les axes d’engagement du programme Tinga Neere au Burkina Faso. L’engagement notamment pour le développement d’une agriculture vivrière en maraîchage biologique ou pour la culture de soja biologique intègre totalement cette démarche, privilégiant la mise en culture de plusieurs hectares en agriculture biologique.

Autres vidéos

Bill Gates et Monsanto (Envoyé Spécial)

Face aux OGM, la société civile reste debout

Le 23 mai 2015, Ouagadougou marche contre Monsanto et pour la souveraineté alimentaire

Le vendredi 17 avril 2015, par Hervé Le Gal

Depuis le début des années 2000, le Burkina Faso est une cible de la firme Monsanto qui entend faire du pays son laboratoire africain et une de ses portes d’entrée des OGM sur le continent.
Après l’introduction officielle du coton BT en 2003, le maïs OGM est annoncé pour cette année. Si les projets de Monsanto aboutissent, ce seront ensuite le sorgho, le niébé, l’oignon, la patate douce, tous génétiquement modifiés qui s’imposeront, au Burkina dans un premier temps, puis en Afrique de l’Ouest, puis sur ce continent.

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Publié le mardi 2 juin 2015 par :

  • Florian

    Animateur/Promoteur des programmes de développement Tinga-neere Association Ingalañ

  • Hervé Le Gal

    Coordinateur du programme Tinga-Neere Association Ingalañ