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La dégradation des terres au Sénégal : la réponse à partir des Arbres Fertilitaires

Par Mansour Ndiaye : Directeur exécutif de APAF Sénégal

Accueil > Un programme d’actions > L’agroforesterie et les arbres fertilitaires > La dégradation des terres au Sénégal : la réponse à partir des Arbres (...) Le mercredi 29 décembre 2010, par Mansour Ndiaye

Depuis plus de trois décennies, on assiste au Sénégal à un effondrement continu des performances de l’agriculture (rendements agronomiques, productivités agricoles, productions agricoles, revenus des paysans, baisse des produits de l’élevage etc...).
Et le mal risque de persister voire s’empirer ; en effet, l’état du Sénégal semble encore ignorer l’origine des contraintes réelles de son agriculture. Il continue à approvisionner à des prix fortement subventionnés, les paysans en : engrais chimiques, équipements agricoles lourds, semences sélectionnées, pesticides chimiques, etc…

Thèmes :Arbres fertilitaires

En fait, le véritable mal de l’agriculture Sénégalaise reste principalement, la perte prononcée de fertilité des sols. En effet, des études (réalisées par le CILSS en Novembre 2010) indiquent que sur les 3 805 000 ha de terres arables dont dispose le pays, 2 400 000 ha sont fortement dégradées (soit 63¨%).

Cette perte de fertilité des sols est due principalement aux effets conjugués de facteurs dont principalement :

  • l’utilisation continue d’engrais chimiques pour fertiliser les principales cultures industrielles et vivrières du pays (riz, coton, arachide, légumes, mils…). Ceci a entrainé un appauvrissement progressif des sols en matière organique (minéralisation puis exportation par les facteurs érosifs, volatilisation, dénitrification etc..),
  • les pratiques de cultures sur brulis et les déboisements massifs pratiqués par les paysans à la recherche de nouvelles terres de cultures et de bois à usages domestiques. Ces déboisements sont également le fait d’une exploitation sévère des ligneux (bois, charbon, écorces etc…) pratiquée par les coopératives forestières agréées peu soucieuses de la préservation de la ressource.
  • les surcharges du bétail transhumant ou divagant sur les pâturages naturels et espaces agricoles,
  • la baisse et l’instabilité des pluviosités annuelles (depuis trois décennies) consécutive au recul des boisements naturels (20 000 ha de forêts perdues par an). Les Arbres Fertilitaires constituent la seule voie pour relancer durablement l’agriculture Sénégalaise.

NB : Rappel de définition d’un arbre fertilitaire (Dupriez – de Leener, 1993) : Un arbre fertilitaire est un arbre dont l’activité enrichit la couche arable d’une terre, en améliore la texture et en favorise la structuration. Pour exercer efficacement sa fonction dans les champs, il doit être convivial, c’est-à-dire qu’il ne peut entrer en concurrence forte avec les espèces cultivées pour leurs productions domestiques ou marchandes » Les arbres fertilitaires sont principalement issus de la famille des légumineuses et plus précisément de la sous-famille des Mimosacée

Le compost et autres fumiers organiques (déjections animales, etc.) ne pourront en aucun cas permettre de corriger les carences en matière organique des sols et fertiliser les cultures sur de grandes superficies.
Par contre, les arbres fertilitaires, en complantation avec les végétaux cultivés (agroforesterie) peuvent durablement assurer plusieurs fonctions :

  • la restauration et l’entretien durable de la fertilité des terres dégradées sur de grandes superficies.
  • la fertilisation des cultures agricoles, fourragères…
  • l’augmentation substantielle de la productivité agricole (ex : jusqu’à 30% au Togo), sans engrais chimique ni compost.
  • la protection des cultures contre les animaux divagants (haie vive faite d’Acacia mellifera très efficace contre les animaux divagants).
  • l’auto production de bois domestiques dans les parcelles agroforestières.
  • l’auto production de fourrages dans les parcelles agroforestières.
  • la régénération naturelle des forets consécutive à la baisse de la pression anthropique sur les boisements naturels.
  • la contribution à la rétention des polluants atmosphériques (gaz à effet de serre).
  • la protection du sol contre les phénomènes érosifs.

Dès que plantés dans les parcelles de cultures, les arbres fertilitaires peuvent assurer continuellement ces fonctions, alors qu’un engrais minéral et un fumier organique issu du compostage ou des déjections animales, etc., ont besoin d’être renouvelés régulièrement à des doses souvent hors de portée des paysans (très rares sont les paysans Sénégalais capables de produire la dose de 10 tonne/ hectare de fumier organique recommandée par la recherche agricole).

En effet, le compostage exige beaucoup de disponibilité en eau, résidus végétaux et manipulations (production, transport, épandage, enfouissement). Sa réalisation à grande échelle (pour restaurer les vastes étendues de cultures vivrières) constituerait une corvée difficile à soutenir par les paysans Sénégalais qui déjà, peinent à disposer pendant la longue période de saison sèche (8 mois), d’eau et de résidus végétaux pour couvrir leurs besoins domestiques, (abreuvement du bétail, fourrage, réparation des habitations...)

Enfin, dans un contexte où environs 70% des fertilisants épandus sur les cultures se retrouvent emportés dans la nature (eaux de surface, eaux souterraines, atmosphère, etc.), il est absurde de continuer à faire la promotion des fertilisants inorganiques.

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Publié le mercredi 29 décembre 2010 par :

  • Mansour Ndiaye

    Mansour Ndiaye, initiateur de l’agroforesterie au Sénégal, a impulsé la création d’APAF Sénégal en 2012 avec l’appui des paysannes et paysans qui veulent (...)

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